Avec un statut de favori qu’il partage avec plusieurs autres nations, le Sénégal aborde la phase finale de la CAN 2025 au Maroc sans se dissimuler. Champion d’Afrique en 2022, solide et presque intouchable depuis près de deux ans, la sélection sénégalaise dispose de nombreux atouts pour viser haut. Les Lions de la Teranga, futurs adversaires de la France lors de la Coupe du monde, avancent avec des certitudes forgées dans la durée.
Si l’attention médiatique se concentre beaucoup sur le Maroc et sa série impressionnante de dix-huit victoires consécutives, il serait réducteur d’ignorer la remarquable régularité du Sénégal. Entre le 12 septembre 2023, date de sa défaite amicale face à l’Algérie à Dakar (0-1), et le 15 novembre 2025, jour de son revers contre le Brésil à Londres (0-2), la sélection sénégalaise est restée invaincue dans le temps réglementaire et les prolongations. Son dernier véritable échec remonte à la CAN 2024, lors de l’élimination aux tirs au but face à la Côte d’Ivoire (1-1, 4-5 t.a.b).
Avant cette défaite contre le Brésil, le Sénégal avait ainsi enchaîné 26 rencontres sans perdre, avec un bilan de 20 victoires et 6 matchs nuls. Une série qui lui a permis de se qualifier à la fois pour la CAN marocaine et pour la Coupe du monde 2026. Des chiffres éloquents qui imposent naturellement les Lions parmi les principaux prétendants au titre continental.
Nicolas Dupuis, sélectionneur du Soudan du Sud, battu lourdement à deux reprises par le Sénégal lors des qualifications mondialistes (0-4 à Dakar, 0-5 à Juba), ne tarit pas d’éloges : « Cette équipe m’a fait une excellente impression. Elle ne panique jamais, elle dégage une grande sérénité et une confiance impressionnante. C’est solide dans toutes les lignes et, en plus, le jeu proposé est de grande qualité. »
Le passage de relais entre Aliou Cissé et Pape Thiaw, intervenu en octobre 2024, n’a pas perturbé l’équilibre d’une sélection parmi les plus constantes du continent depuis une décennie. Pour Ferdinand Coly, ancien international sénégalais, ce changement était nécessaire : « Après la déception de la dernière CAN, il fallait insuffler une nouvelle dynamique. Aliou Cissé a fait un travail remarquable, mais après neuf ans et demi, un nouveau cycle devait s’ouvrir. »
Sous la houlette de Pape Thiaw, le Sénégal a digéré son élimination prématurée en huitièmes de finale lors de la précédente CAN. Fort d’un effectif dense et expérimenté — avec des cadres comme Sadio Mané, Edouard Mendy, Idrissa Gueye, Kalidou Koulibaly ou Habib Diallo, mais aussi une génération montante incarnée par Nicolas Jackson, Ismaïla Sarr ou Iliman Ndiaye — le groupe sénégalais sait gérer les temps faibles et les situations délicates.
Cette maturité s’est illustrée notamment à Kinshasa, lors des qualifications pour la Coupe du monde, quand les Lions, menés 0-2 à la pause par la RD Congo, ont su renverser la situation sans jamais perdre leur calme. « Même menés, ils ne doutent pas, souligne Dupuis. Ils ont inversé la tendance avec maîtrise dans un contexte hostile. C’est la marque des grandes équipes. »
Tout n’est toutefois pas parfait. Jean-Paul Abalo, ancien capitaine du Togo, note quelques rares failles : « Cette équipe peut parfois démarrer lentement. On a réussi à la bousculer par moments. Mais elle a aussi cette capacité à gagner sans être brillante. Attention à ne pas trop focaliser la défense sur Sadio Mané, cela libère des espaces ailleurs. »
À cinq mois de la Coupe du monde, cette CAN représente une étape majeure pour le Sénégal, qui figure parmi les favoris aux côtés du Maroc, de la Côte d’Ivoire, de l’Égypte, du Nigeria ou encore de l’Algérie. Une performance réussie au Maroc pourrait renforcer encore davantage la confiance d’un groupe qui en possède déjà beaucoup — et qui ne s’en cache plus.




