Longtemps habituée aux phases finales – six participations en sept éditions entre 1974 et 1998 – l’Écosse n’avait plus revu la Coupe du monde au XXIᵉ siècle. La longue traversée du désert est enfin terminée : la Tartan Army renoue avec le Mondial. Mardi soir, les Écossais ont décroché leur qualification face au Danemark (4-2), au terme d’une soirée électrique et mémorable. Une attente interminable, mais amplement récompensée.
Un rugissement, une onde de choc, un cri lancé par 52 000 voix unies : Hampden Park a explosé lorsque Kieran Tierney a armé sa frappe du gauche dans les arrêts de jeu, scellant le sort du Danemark et propulsant tout un pays vers les États-Unis, le Canada et le Mexique. Vingt-sept ans que l’Écosse guettait son retour sur la scène mondiale — bientôt vingt-huit lorsque le tournoi débutera. Beaucoup, dans l’enceinte de Glasgow, n’étaient même pas nés lors de la dernière apparition du pays en Coupe du monde. Tierney, lui, n’avait alors qu’un an.
La magie de ce 18 novembre restera gravée : un match fou, vibrant, oscillant constamment entre euphorie et drame, comme souvent avec le football écossais. Tout avait pourtant commencé en beauté, grâce à un retourné acrobatique splendide de Scott McTominay, véritable bijou ouvrant un scénario incandescent. Mais la seconde période a ramené son lot de rebondissements : deux égalisations danoises, dont une à la 82ᵉ minute seulement quatre minutes après que l’Écosse n’a repris l’avantage. Un ascenseur émotionnel à couper le souffle.
Puis vint l’apothéose. Un dernier souffle collectif, cinq millions d’Écossais retenant leur cœur. Le destin semblait vouloir punir une fois de plus cette nation habituée aux cruautés du football. Mais quelque chose flottait dans l’air, comme un écho de la victoire arrachée contre la Grèce un mois plus tôt. Et c’est encore dans l’effort et la rage que les hommes de Steve Clarke ont trouvé l’ouverture. Tierney libérait Hampden, avant que McLean n’ajoute un quatrième but dans un but déserté. Une délivrance totale.
Hampden Park, malgré sa modernité, demeure un monument chargé d’histoire, et ce soir-là, il a retrouvé son âme d’antan. Andy Robertson, qui avait quatre ans en 1998, a parlé d’« une des plus belles soirées de sa vie ». Quelques heures plus tôt, il était pourtant miné par le chagrin : la disparition de son ami et coéquipier Diogo Jota, l’été dernier, hantait ses pensées. « Je savais que c’était ma dernière chance de jouer une Coupe du monde », a-t-il confié, submergé par l’émotion après le coup de sifflet final. Le discours galvanisant de Steve Clarke a fini de le remettre debout : « On allait créer un souvenir encore plus fort. »
Les émotions se sont enchaînées : suspense, frissons, peur et délivrance. Le Herald n’a pas hésité à qualifier ce match de « l’un des plus fous de l’histoire du football écossais ». Difficile d’exagérer : après près de 30 ans d’absence, l’Écosse a mérité ses superlatifs. Six Coupes du monde se sont jouées sans elle depuis 2002. Six de trop.
Cette campagne qualificative avait déjà été marquée par des épisodes improbables, comme cette victoire inespérée contre la Biélorussie. On avait alors invoqué « Lady Luck », la chance, pour expliquer l’improbable. Mais mardi soir, la qualification n’a rien dû au hasard : c’est au courage, aux tripes, et aussi au talent que les Écossais ont décroché leur billet. Une qualification qui restera dans les mémoires, de celles qu’on raconte encore des décennies plus tard.
Le cri d’Hampden résonnera longtemps. Très longtemps. Et Steve Clarke, hilare après le match, en a parfaitement résumé l’esprit : « Je prends un peu d’eau pour mes cordes vocales. Après, ce ne sera pas que de l’eau cette nuit. » Une célébration on ne peut plus… écossaise.




