Pour les coureurs du peloton, la saison 2026 a déjà commencé. À peine l’hiver installé, nombre d’entre eux ont posé leurs valises en Espagne, où les kilomètres s’enchaînent à un rythme soutenu afin d’aborder les premières courses avec un niveau physique optimal. L’époque des reprises progressives semble révolue.
« Je suis déjà dans des séances à haute intensité lors de ma troisième semaine après la reprise. Si je veux me rapprocher du niveau de Tadej Pogacar, je dois accepter de souffrir », explique ainsi Remco Evenepoel, actuellement en stage à Majorque.
Des vacances de plus en plus courtes
Les congés d’intersaison ? Presque un souvenir. À contre-courant des pratiques d’autrefois, les coureurs professionnels affichent désormais une condition affûtée dès le mois de décembre. Les stages hivernaux, notamment sur la Costa Blanca, ressemblent parfois davantage à des compétitions qu’à des phases de préparation.
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Arriver avec quelques kilos superflus lors du premier rassemblement est devenu impensable. « Ce serait de la folie », tranche Benoît Cosnefroy, récemment recruté par UAE Team Emirates, où évolue Pogacar. Après une coupure oscillant entre deux et cinq semaines, les coureurs se retrouvent pour découvrir les programmes, tester le matériel, intégrer les nouveaux arrivants… et surtout rouler déjà très fort.
« Ça envoie des watts » dès les premières sorties
Pourtant, les premières courses sont encore lointaines. Dans certains cas, comme pour Pogacar, la reprise de la compétition n’interviendra qu’au début du mois de mars. Mais dès les premières sorties collectives, l’intensité est bien réelle.
« On se met sur la gueule », résume sans détour Nils Politt. Le lieutenant allemand du Slovène se souvient d’une sortie d’entraînement durant laquelle il produisait une puissance moyenne équivalente à celle affichée lors de sa troisième place sur le Tour des Flandres. Une réalité qui tranche avec les habitudes d’antan, quand certains champions prenaient encore plusieurs kilos durant l’hiver — une pratique aujourd’hui inimaginable.
Un cyclisme radicalement transformé
« Avant, c’était beaucoup plus relâché », se remémore Simon Geschke, retraité depuis un an. « Aujourd’hui, avec deux ou trois kilos en trop en décembre, tu es déjà en difficulté. Tout le monde est à fond. »
Cosnefroy abonde dans le même sens, évoquant notamment les entraînements menés par Pogacar : « Quand il est là, ça roule fort en permanence. Lui devant, les autres qui se relaient. C’est un véritable rouleau-compresseur », décrit Pavel Sivakov, habitué du groupe d’entraînement du Slovène.
Le constat est partagé par Tim Wellens, champion de Belgique, qui affirme que certaines séances dépassent désormais l’intensité d’une course. Et ce phénomène ne se limite pas à UAE. Chez Red Bull-Bora, Evenepoel vit la même réalité : « Les intensités arrivent très tôt. C’est le prix à payer pour viser le sommet. »
Une pression permanente sur les organismes… et les esprits
À 32 ans, Guillaume Martin mesure l’évolution du cyclisme moderne. « Quand je suis devenu professionnel en 2016, certaines courses de début de saison servaient encore de préparation. Ce n’est plus du tout le cas. Les coureurs disputent moins de courses, donc ils doivent être prêts immédiatement. »
Les moments de relâchement se font rares. « Avant, lors des journées de repos en stage, on sortait faire la fête. Aujourd’hui, plus personne ne le fait », confie Cosnefroy. Cette quête permanente de performance n’est pas sans conséquences, notamment sur la santé mentale.
Certains y laissent des plumes très tôt, à l’image d’Unai Zubeldia, 22 ans, qui dénonce « la face sombre » d’un métier exigeant de devenir « une machine à pédaler au service de la performance ».
D’autres relativisent. « On vit quand même une vie de rêve », tempère Matej Mohoric. « Même si les voyages et l’éloignement des proches peuvent peser, le cyclisme a profondément changé. Quand j’ai débuté, on faisait du ski de fond, des randonnées dans la neige… et le soir, on buvait quelques verres. C’était un autre monde. »




