Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, Loïc Perrin revient sur cette soirée tragique qu’il a vécue depuis le banc de l’équipe de France, lors du match amical contre l’Allemagne. L’ancien défenseur de Saint-Étienne évoque le sentiment d’angoisse qui a gagné le Stade de France, longtemps tenu dans l’ignorance, et la puissance symbolique de la Marseillaise entonnée à Wembley quelques jours plus tard.
Ce soir-là, le 13 novembre 2015, Loïc Perrin assiste au succès des Bleus face à l’Allemagne (2-0) depuis le banc de touche. Il ignore alors que, tout près de lui, des kamikazes viennent de se faire exploser, et qu’à Paris, d’autres attaques terroristes sèment la terreur. Dix ans plus tard, l’ancien capitaine des Verts raconte cette soirée de sidération, entre inquiétude pour ses proches et émotion patriotique lors du match hommage disputé à Wembley.
“C’était excitant, deux grandes affiches”
« L’équipe de France, j’y suis arrivé tard. Mon premier rassemblement, c’était pour la Coupe du monde 2014. En 2015, on faisait de bonnes saisons à Saint-Étienne, ce qui m’a permis d’être rappelé. Jouer contre l’Allemagne et l’Angleterre, deux grandes nations, c’était forcément excitant. »
“Sur le moment, on pense à des bombes agricoles”
Lorsque les deux détonations retentissent en première période, le banc tricolore ne réalise pas ce qui se passe.
« On entend un bruit énorme, mais on se dit que ce sont des bombes agricoles. À Geoffroy-Guichard, j’en avais déjà entendu. Personne ne parle vraiment de ce qu’il s’est passé. On est à mille lieues d’imaginer l’horreur à l’extérieur. »
“Je découvre l’horreur sur une télé du Stade de France”
À la fin du match, Perrin comprend enfin.
« Dans les couloirs, une télévision diffuse un flash info. C’est là que je découvre ce qui est en train de se passer à quelques mètres de nous. C’était fou, terrifiant. Le réseau téléphonique était coupé, on était dans une bulle. J’essayais de joindre mes proches, mais sans succès. Ma sœur, mon fils de cinq ans et sa maman étaient dans les tribunes. Je ne savais pas s’ils allaient bien. L’attente était interminable. »
Le défenseur finit par les retrouver, après de longues minutes d’angoisse.
« Ils ont dû quitter le stade par la pelouse, comme beaucoup d’autres spectateurs. Il y avait de la panique, mais tout le monde a fini par sortir sain et sauf. »
“Dans le bus, un silence de mort”
« Dans le vestiaire, chacun tentait d’avoir des nouvelles de ses proches. On réalisait peu à peu ce qu’il s’était passé. En montant dans le bus, j’ai appris que la sœur d’Antoine Griezmann était au Bataclan. Là, plus un mot. Un silence de mort. On venait de comprendre qu’on avait vécu une tragédie nationale. Et on se disait aussi que les terroristes auraient pu entrer dans le stade… »
“À Wembley, on voulait montrer que la France résistait”
Quelques jours plus tard, les Bleus affrontent l’Angleterre à Wembley, dans une rencontre devenue symbole de solidarité et de résistance.
« On n’avait pas la tête au foot. Mais Noël Le Graët nous a dit : “On ne va pas céder à la peur.” Le message, c’était de montrer que notre pays restait debout. Jouer, c’était résister. »
« Ce soir-là, chanter la Marseillaise à Wembley, c’était bouleversant. Tu représentes tout un peuple meurtri. Tu penses à toutes les victimes, à leurs familles. Et tu ressens la solidarité incroyable du public anglais. C’était un moment d’unité, d’humanité pure. Dix ans après, c’est encore très fort. »
“Jouer le 13 novembre, c’est rendre hommage”
Dix ans après, le souvenir reste vif.
« Ce que je garde, c’est la Marseillaise à Wembley et l’inhumanité de ceux qui ont commis ces atrocités. Comment peut-on en arriver là ? Je ne le comprends toujours pas. »
Alors que Didier Deschamps estimait récemment qu’il aurait préféré éviter de rejouer un 13 novembre, Loïc Perrin voit les choses autrement :
« Au contraire, c’est l’occasion de penser à toutes les victimes, à leurs proches. Jouer ce jour-là, c’est une manière de leur rendre hommage. »




