Dimanche, après la défaite de Naples à Bologne (2-0), Antonio Conte a une nouvelle fois fait sensation en conférence de presse, laissant planer l’éventualité d’un départ si la situation ne s’améliorait pas. Un scénario récurrent dans sa carrière, qui semble se répéter systématiquement lors de sa deuxième saison à la tête d’un club.
Conte, maître du direct
Au stade Dall’Ara, l’attente était palpable. Les journalistes, téléphones chargés et ordinateurs ouverts, attendaient les mots d’un entraîneur réputé pour son franc-parler et ses prises de position souvent abruptes. À 56 ans, l’ancien international italien a toujours utilisé la parole comme une arme : chaque phrase est pesée, chaque mot calculé pour toucher ses cibles, qu’il s’agisse d’adversaires, de dirigeants ou de ses propres joueurs.
Après la cinquième défaite de la saison toutes compétitions confondues, Conte ne s’est pas fait attendre. « Je ne veux pas accompagner un mort », « Je n’ai pas réussi à entrer dans les têtes et dans les cœurs », « Nous ne sommes pas une équipe »… Ses déclarations ont rapidement fait le tour des médias, avec une mention spéciale pour son message percutant sur l’état d’esprit de son équipe.
La Gazzetta dello Sport n’a pas tardé à alerter ses abonnés : « Naples, Conte : ‘Il manque l’énergie de l’année dernière. Peut-être que je ne fais pas du bon boulot…’ ». Pour la première fois, il a reconnu ses propres responsabilités, admettant ne pas réussir à inverser la tendance depuis quatre mois et évoquant des tensions fortes dans le vestiaire.
Trop de recrues, trop de complications
Pour sa deuxième saison à Naples, l’ancien entraîneur de la Juventus, de la Nazionale, de Chelsea, de l’Inter et de Tottenham s’est montré plus critique que jamais. Après la lourde défaite face au PSV Eindhoven (6-2) en Ligue des champions, il a critiqué le mercato estival de Naples : neuf arrivées pour 115 millions d’euros, selon lui un nombre trop élevé pour un vestiaire à remodeler. Il a également pointé du doigt, sans les nommer, certaines recrues et leur besoin de « s’intégrer avec humilité et en silence ».
Conte a rappelé que la saison dernière, avec un effectif plus restreint et un seul match par semaine, ses joueurs avaient été capables de se concentrer uniquement sur le titre. « Nous devons retrouver cet état d’esprit : pas d’objectifs personnels, pas d’égoïsme, une seule vision, servir le Napoli », a-t-il insisté.
Il a également critiqué publiquement des sorties médiatiques jugées déplacées de Giuseppe Marotta, son ancien directeur sportif, et évoqué la médiatisation dont son équipe fait l’objet : « Voir le Napoli tout en haut, ça en embête certains », déplorait-il.
Le syndrome des deuxièmes saisons
À Naples, comme ailleurs, Conte semble rattrapé par ce qu’on appelle le « syndrome de la deuxième saison », qui a marqué ses précédents postes. Jamais il n’a passé plus de deux saisons complètes dans un club. Si sa capacité à redresser des situations délicates est indéniable, ses expériences se terminent souvent brutalement, avec des tensions sur le vestiaire, des clashs avec des stars (Lautaro Martinez à l’Inter, De Bruyne à Naples) ou des critiques envers arbitres et dirigeants.
Carlo Nesti, journaliste transalpin, analysait : « Avec un match par semaine, sa gestion peut passer, mais lorsqu’il y a davantage d’exigences, ses piles commencent à se décharger… ».
Une question de moyens et de méthodes
À la Juventus, Chelsea, l’Inter ou Tottenham, Conte a souvent quitté ses clubs en deuxième saison, invoquant des désaccords sur le mercato ou des difficultés internes. À Naples, son départ semblait acquis après le titre, avant que le président Aurelio De Laurentiis et son entourage ne le persuadent de rester.
Cette semaine, un rendez-vous est prévu entre Conte et De Laurentiis pour décider de l’avenir de l’entraîneur. Bien que la confiance du président soit entière, aucun scénario n’est écarté, même un départ. Avec un salaire net de 8 millions d’euros par an, Conte reste l’entraîneur le mieux payé de Serie A.
Pour Ottavio Bianchi, légendaire coach napolitain, les tensions actuelles reflètent les limites de Conte : « Si un entraîneur expérimenté comme lui ne parvient pas à bien utiliser son banc et ses recrues, c’est qu’il y a un problème quelque part… ». Mais Giovanni Manna, directeur sportif du Napoli, reste admiratif : « Conte est un gagnant. Quand il arrive, il fait peur aux autres et change l’équilibre d’un championnat ».
Dimanche, dans la salle de presse du Dall’Ara, cette tempête s’est à nouveau confirmée : l’homme et le mythe Conte n’ont pas fini de faire parler d’eux à Naples.




