L’Olympique de Marseille affiche de grandes ambitions. Pourtant, loin de se laisser happer par l’idée d’une rivalité relancée avec le Paris Saint-Germain, le club phocéen vise surtout à s’imposer comme le seul véritable outsider en Ligue 1. Le cycle actuel, initié avec l’arrivée de Roberto De Zerbi et en phase avec la réalité économique qui touche le championnat français, doit permettre à l’OM de creuser l’écart avec le reste des équipes.
À l’automne dernier, l’idée que le PSG puisse décrocher le titre européen paraissait irréaliste. À cette période, l’enthousiasme montait autour du nouvel élan de l’OM, notamment avec les arrivées de joueurs comme Höjbjerg ou Rabiot. On avait même imaginé que la rivalité sportive, assoupie par des années de domination parisienne, pourrait se réveiller. Mais la démonstration éclatante du PSG au Vélodrome en octobre (3-0), puis son évolution tout au long de la saison, ont rapidement éteint cet espoir.
Aujourd’hui, malgré une force parisienne plus affirmée que jamais, Marseille continue d’espérer. Il ne s’agit pas encore pour le club phocéen de parler de titre, mais de réduire l’écart qui avait atteint 19 points en championnat la saison dernière. Cette ambition, déjà exprimée par le président Pablo Longoria lors de sa conférence de presse de fin de saison, a été confirmée récemment par Adrien Rabiot dans un entretien accordé à La Provence. Le milieu de terrain rappelle que si le budget parisien est colossal comparé à celui de l’OM, la volonté, la détermination et la passion peuvent faire la différence.
Cependant, derrière ces déclarations destinées à alimenter la rivalité historique, tous les acteurs du club savent que l’objectif réel est différent : il ne s’agit pas tant de réduire le retard sur le PSG que d’augmenter l’avance sur les autres prétendants au podium. C’est là que se joue vraiment la différence sportive, plus que lors des confrontations directes avec Paris. Sur le plan économique, cette démarche est même une nécessité absolue.
« L’objectif est toujours de se qualifier pour la Ligue des champions », a expliqué Pablo Longoria en mai dernier. Cette qualification régulière est la clé pour disposer de moyens financiers permettant à terme de réduire l’écart avec le PSG. Ce réalisme, loin d’être un manque d’ambition, correspond à une problématique historique du club, qui peine à enchaîner les présences en C1.
Cet été, l’OM a adopté une approche pragmatique. La Ligue des champions n’a jamais été aussi lucrative, tandis que la Ligue 1 semble avoir atteint un point bas depuis vingt ans. À l’exception du PSG, du Paris FC soutenu par une famille extrêmement riche, et de Strasbourg bénéficiant d’un groupe aux moyens importants, la majorité des clubs français doivent se montrer prudents, équilibrer leurs comptes et privilégier les ventes aux achats.
Dans ce contexte, Marseille a fait preuve d’audace. Le club a réalisé son transfert le plus coûteux en recrutant Igor Paixão pour 35 millions d’euros bonus compris, a levé plusieurs options d’achat (Höjbjerg, Rowe, Maupay), s’est renforcé avec des prêts assortis d’options importantes (Medina, Weah) et envisage d’autres recrutements (Ordoñez, Zeghrova, Bennacer, Adli). Le but est clair : renforcer la compétitivité de l’effectif et asseoir le statut d’outsider du club en Ligue 1.
Ce projet s’inscrit dans la deuxième année d’un cycle de trois ans entamé avec Roberto De Zerbi. Mais tout cela n’aurait pas été possible sans le soutien financier du propriétaire Frank McCourt. Depuis son rachat, l’homme d’affaires américain a continuellement comblé les déficits du club. L’été dernier encore, lors d’une réunion à Saint-Tropez, il a accepté de poursuivre son engagement.
« La première saison était risquée sur le plan économique, elle n’a pas été satisfaisante pour un président comme moi », a reconnu Longoria. L’objectif est désormais aussi de compenser cette première année. « Dans un moment difficile pour le football français, avoir un propriétaire comme Frank, c’est un cadeau. Nous avons pris des risques et c’est grâce à lui. »
Sans ce soutien, l’OM n’aurait jamais pu atteindre le niveau actuel, ni disposer des moyens sportifs et financiers nécessaires pour construire un effectif compétitif, réduire son exposition aux aléas sportifs et préparer un avenir plus serein — même si l’écart avec le PSG reste important, cette stratégie est essentielle pour la pérennité du club.




