Quand Steven Gerrard évoque la « génération dorée » anglaise des années 2000 – celle promise aux sommets mais qui n’a jamais vraiment brillé – c’est tout un passé qui ressurgit. Une équipe de talents éclatants, mais divisée, où les coéquipiers ne se parlaient pas et où l’individualisme primait sur la solidarité. Des habitudes que Gareth Southgate s’efforce désormais d’éradiquer chez les Three Lions.
Parfois, quelques mots suffisent à lancer un débat houleux. L’expression « génération dorée » en est un parfait exemple. Popularisée en 2001 par Adam Crozier, alors président de la FA, après le 5-1 historique de l’Angleterre sur l’Allemagne à Munich, elle devait symboliser l’espoir d’un triomphe tant attendu. Ce soir-là, le football anglais semblait enfin sur le point de retrouver sa gloire : Manchester United et Liverpool brillaient en Europe, Michael Owen remportait le Ballon d’Or, Wayne Rooney émergeait, et Gerrard, Lampard, Scholes, Beckham, Ferdinand, Terry et d’autres se taillaient une place sur la scène internationale.
Pourtant, l’enthousiasme fut de courte durée. Malgré les exploits de leurs clubs, ces stars échouèrent systématiquement avec les Three Lions, souvent en quarts de finale, parfois en demi-finales. Les tentatives de formation d’une équipe unie échouèrent face aux rivalités entre clubs et aux forts caractères. Comment faire coexister Gerrard, Scholes et Lampard dans le même onze ? Personne n’en donnait vraiment la réponse.
Steven Gerrard l’avoue aujourd’hui sans détour : « Le talent était là, les joueurs étaient là, mais nous n’étions pas une équipe. Nous étions un groupe d’individus talentueux, et ça ne fonctionne jamais comme ça. » La cohésion manquait : « Je ne me sentais pas intégré, ni avec mes coéquipiers, ni avec l’Angleterre. Si nous avions été plus soudés, cela se serait reflété sur le terrain. » Sa conclusion est cinglante : « Nous étions des losers égoïstes. »
Ces mots illustrent le malaise persistant de cette génération. Les rivalités entre Liverpool, Manchester United, Chelsea et les autres laissaient un vestiaire divisé, incapable de dépasser ses querelles internes. Les entraîneurs – Eriksson, McClaren, Capello – ne purent y remédier. Même les piliers de l’époque, comme Wayne Rooney ou Rio Ferdinand, reconnaissent ces tensions, mais Gerrard est sans doute le plus franc à ce sujet.
Aujourd’hui, une nouvelle génération anglaise a pris le relais et change le récit. Sous Gareth Southgate, qui a été témoin des failles de 2001 et du Mondial 2002, les divisions internes ont été bannies. Son équipe ne se contente plus de jouer ensemble : elle apprend aussi à vivre ensemble. Les tables à part et les clans d’antan ont disparu. Si seulement la « génération dorée » avait su le faire à temps…




