Premier League | Wilson Isidor, de la galère à la renaissance : itinéraire d’un miraculé de Sunderland

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Arrivé cet été à Sunderland, Wilson Isidor découvre enfin la Premier League. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’attaquant franco-haïtien n’a pas tardé à se faire remarquer. L’ancien espoir de Monaco, longtemps en quête de stabilité, est aujourd’hui l’un des moteurs des Black Cats de Régis Le Bris. Une réussite qui contraste avec un parcours semé d’embûches, passé par les divisions inférieures et un détour difficile par la Russie.

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De Monaco à l’exil : un talent longtemps contrarié

Dans le flot de joueurs français venus tenter leur chance en Angleterre, Wilson Isidor ne figurait pas parmi les plus médiatisés. Pourtant, à 25 ans, il s’impose comme l’un des nouveaux visages d’un Sunderland conquérant. La symbolique est forte : après son premier but dans l’élite contre West Ham, il reçoit un message de félicitations de son idole Thierry Henry — celui-là même qui l’avait lancé en professionnel à Monaco en 2018 face au PSG.

Formé à Rennes puis transféré sur le Rocher, Isidor ne parvient jamais à s’y imposer. « J’avais l’impression d’avoir un train de retard par rapport à mes coéquipiers », confiait-il récemment au Parisien. Refusant de rompre son contrat malgré les pressions, il fait un choix fort : « Ce qui comptait, c’était le football. L’argent viendrait plus tard. »

Prêté à Laval, il évolue en National 3 avant de rebondir à Bastia-Borgo. Son abnégation finit par payer : en 2022, le Lokomotiv Moscou lui ouvre les portes de la première division russe. Un an plus tard, il rejoint le Zenit Saint-Pétersbourg. Les débuts sont encourageants, puis le temps de jeu s’amenuise. Une blessure le prive d’un transfert à l’OL. C’est alors qu’un homme, Anatoliy Tymoshchuk, adjoint au Zenit, va jouer un rôle décisif : « J’étais perdu. Il venait chez moi trois fois par semaine pour me redonner envie. Grâce à lui, j’ai gardé espoir. »


La rencontre décisive avec Régis Le Bris

L’été 2024 marque un tournant. Régis Le Bris, fraîchement nommé à Sunderland, l’appelle longuement : une heure et demie d’échange suffisent à le convaincre. « Je n’ai pas hésité une seconde. Il a été une des raisons principales de ma venue », explique Isidor.

À 23 ans, il opère un virage total : il change d’entourage, rencontre sa future épouse et se reconcentre sur sa carrière. Résultat : 13 buts dès sa première saison en Championship et une montée en puissance spectaculaire.

Mike Dodds, ancien entraîneur du club, se souvient : « On manquait d’athlétisme et de vitesse. Wilson cochait beaucoup de cases, même s’il s’était un peu perdu en route. » Derrière sa confiance affichée, l’attaquant cachait un besoin profond d’accompagnement. « Il avait besoin d’adultes autour de lui, de stabilité émotionnelle. »


Un environnement idéal pour renaître

À Sunderland, Isidor trouve un cadre humain et professionnel à sa mesure. Régis Le Bris lui accorde une confiance sans faille : « Il est venu me chercher alors que je ne jouais plus. Je donnerais corps et âme pour lui. »

Phil Smith, journaliste du Sunderland Echo, confirme : « Le Bris l’a soutenu même pendant ses périodes de creux. Cette relation de confiance est au cœur de sa réussite. » L’ancien formateur des frères Bellingham, Mike Dodds, ajoute : « Il a trouvé un coach qui croyait en lui et un staff qui comprenait sa psychologie. »

Avec un entourage solide, Isidor devient un joueur clé. Son sens du collectif, sa bonne humeur et sa soif de revanche séduisent tout le vestiaire. « À son arrivée, certains étaient sceptiques. Il a vite prouvé qu’il était différent : travailleur, curieux, respectueux. Il voulait apprendre », souligne Dodds.


De la D2 anglaise à la Premier League

Après une saison pleine (46 matchs, 13 buts), Isidor s’impose comme un élément majeur du Sunderland version Premier League. Le Stadium of Light scande déjà son nom, preuve de l’attachement du public.

« À Sunderland, il est adoré. Il connaît l’histoire du club et s’en sent fier », raconte Phil Smith. L’attaquant garde pourtant les pieds sur terre : « Je suis quelqu’un de normal », glisse-t-il sur Canal+, entre deux cafés à la station-service du coin, rituel d’avant-match immuable.


Un rêve de Coupe du monde en ligne de mire

Titulaire ces dernières semaines, Isidor a inscrit quatre buts et vise désormais la barre des dix. « Sa vision du jeu et sa conservation de balle se sont énormément améliorées », juge Phil Smith. Son but victorieux à la 96e minute contre Brentford a confirmé sa montée en puissance.

« Sa détermination ne faiblit jamais », se réjouit Mike Dodds. « S’il garde cette mentalité de prouver sa valeur, il peut aller très loin. »

Entouré d’une colonie francophone (Le Fée, Mukiele, Sadiki, Diarra, Mayenda…), Isidor rêve désormais plus grand : « Aller à la Coupe du monde reste un rêve. La France ou Haïti ? Je n’ai pas encore décidé. »

Et son ancien mentor de conclure : « Il y a un an, personne n’aurait parié sur lui à ce niveau. Aujourd’hui, il est épanoui. C’est une belle histoire de persévérance. »

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