Un an après son triomphe aux Jeux Olympiques, le nouveau prodige français de la natation arrive aux Championnats du monde de Singapour après une année riche en explorations personnelles. Cherchant à s’extraire du tourbillon médiatique et sportif, il a pris du recul. Cette quête de renouveau l’a-t-elle mis en péril dans sa conquête de titres ? Peut-être, mais il a choisi de ralentir plutôt que de s’épuiser.
Léon Marchand a longtemps hésité. Qui pourrait lui en vouloir ? Héros des premiers Jeux Olympiques français du siècle, il aurait pu lever le pied, profiter d’une année de pause et savourer la vie. Cette idée d’année sabbatique l’a effleuré, mais non : quadruple médaillé d’or olympique, il revient avec un seul but en tête : briller aux Mondiaux, qui commencent mercredi à Singapour.
Après les JO, il a vécu une année singulière, tiraillé entre la nécessité de souffler, le besoin d’ouvrir ses horizons, et les exigences implacables de la natation. Plus qu’un champion, c’est avant tout un jeune homme resté fidèle à lui-même, loin des projecteurs.
Personne ne ressort indemne d’une telle ascension. Léon, naturellement timide, a toujours fui la foule et les honneurs. Mais en une semaine, il est devenu le héros d’une nation. Malgré cela, il n’a jamais cherché à cultiver sa célébrité. L’année qui s’est écoulée a surtout été marquée par la discrétion, la fuite, le désir de se préserver. Alors qu’Antoine Dupont ou Teddy Riner faisaient la une des médias, Marchand s’est fait rare.
Il a accepté quelques rares entrevues, comme celle avec L’Équipe en avril, où il confiait avoir « pris la tempête ». Une telle abstinence médiatique est rare pour un champion de son rang. Mais ce qui le définit avant tout, c’est son authenticité. Parti passer l’hiver en Australie « pour disparaître », il souffre aujourd’hui du syndrome Mylène Farmer : plus il se fait discret, plus il fascine.
Invisible mais omniprésent, Marchand est aujourd’hui le sportif préféré des Français, et la cinquième personnalité préférée toutes catégories confondues. Il devance même Soprano auprès des 7-13 ans. Inscrit parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde selon le Times, il incarne une icône à part entière. « Léon est inestimable aujourd’hui », souligne Sophie Kamoun, ancienne nageuse et agent influent de la natation française.
Dans cette tempête médiatique, la natation reste son refuge. Ces derniers mois, il a davantage cherché du sens que des chronos, enchaînant une pause post-Paris 2024 avec une tournée en Coupe du monde petit bassin en Asie. Sans entraînement rigoureux, il a néanmoins battu plusieurs records du monde, rappelant qu’il ne fait jamais les choses à moitié et que son avance sur la concurrence est encore énorme.
Mais il a aussi connu un passage à vide, physique et mental. « Je n’avais pas envie de me lever pour aller m’entraîner, j’étais fatigué », confiait-il. Entre août et décembre, il s’est interrogé sur le sens de son engagement, conscient que la pression peut être écrasante.
Pendant que la jeune étoile canadienne Summer McIntosh accumulait records et victoires, Marchand a préféré une pause, privilégiant sa santé mentale à ses performances. « Il y avait une forme d’épuisement, pas seulement mental mais physique aussi », analyse Alain Bernard, champion olympique 2008. Cette pause lui a permis de revenir plus fort, avec un regain d’envie en Australie.
Sa rentrée en grand bassin en mai a toutefois rappelé que son nom seul ne suffisait pas à gagner. Lors des Tyr Pro Swim Series, il n’a remporté aucune course et ses temps étaient loin de ses records. Ses longues semaines de coupure et sa blessure à une côte ont affecté sa préparation. Conscient de ses limites, il a recentré ses objectifs pour cet été : moins d’épreuves, plus de prudence, avec le 200m et le 400m 4 nages en ligne de mire.
« Son vrai objectif reste Los Angeles 2028 », rappelle son coach Bob Bowman. « 2025 est une année de transition. » Marchand n’est plus ce jeune prodige avide de tout prouver : il devient un athlète mature qui apprend à s’écouter pour durer.
Les douze derniers mois ont été ceux d’une introspection profonde. Plus important que les résultats, c’était pour lui de rester intact mentalement. L’essentiel n’était pas seulement de nager vite, mais de savoir ralentir pour ne pas se briser.




