Depuis près d’un mois, la communication de l’équipe d’Afrique du Sud s’amuse à provoquer le XV de France sur les réseaux sociaux. Un jeu bien orchestré pour attiser les tensions avant l’un des affrontements les plus attendus du rugby mondial.
Une rivalité renouvelée
Si l’histoire du rugby a longtemps opposé la France à l’Angleterre, le vent semble avoir tourné. Avec un XV de la Rose en perte de vitesse, les Bleus se découvrent un nouveau rival de taille : les Springboks. Depuis le quart de finale dramatique du Mondial 2023 (défaite 28-29), les Français n’ont pas digéré. Ce revers, survenu face à une Afrique du Sud déjà coupable d’une cruelle élimination en 1995 (19-15), reste une plaie ouverte dans l’imaginaire tricolore.
Officiellement, Fabien Galthié et ses hommes assurent que le passé est derrière eux. Mais côté sud-africain, on cultive soigneusement le souvenir de cette victoire — et on ne se prive pas de le rappeler.
Les Springboks maîtrisent l’art du chambrage
Tout a commencé le 8 octobre. Quarante jours avant le choc de ce samedi, la communication sud-africaine a reposté la vidéo du contre de Cheslin Kolbe sur la transformation de Thomas Ramos — un moment symbolique et douloureux du quart de finale 2023.
Une semaine plus tard, nouvelle salve : à la date anniversaire de cette élimination, une vidéo de la dernière pénalité des Boks refait surface, accompagnée de la célèbre phrase de Galthié : « Un point, c’est rien, c’est tout. »
Et pour couronner le tout, un troisième extrait, publié récemment sur Instagram, montre l’essai de Damian de Allende après une erreur de Cameron Woki. Le tout rythmé par Ça plane pour moi de Plastic Bertrand. Un chambrage aussi créatif que piquant, destiné à titiller l’orgueil tricolore.
Erasmus, le maître du jeu psychologique
Impossible d’imaginer tout cela sans la bénédiction de Rassie Erasmus. Le sélectionneur des Springboks, fin stratège et grand manipulateur d’émotions, adore ce genre de provocation. Jeudi, il est même allé plus loin : il a publié sur X la composition du XV de France… quarante minutes avant son annonce officielle. Et pour pousser la moquerie, il a traduit les noms de deux joueurs : Julien Merchant et Régis Mountain.
Pour Philippe Saint-André, ancien sélectionneur des Bleus, il ne faut surtout pas entrer dans ce jeu :
« La meilleure façon de préparer le match, c’est de se concentrer sur soi-même. Erasmus fanfaronne, mais il ne faut pas se laisser polluer par ça. L’énergie doit être mise ailleurs. »
Les Bleus prônent la maîtrise
De son côté, Fabien Galthié refuse de s’abaisser à ces provocations. Depuis deux semaines, il salue même la qualité des Springboks, qualifiés de « meilleure équipe du monde, peut-être de tous les temps », et rend hommage à Erasmus, qu’il décrit comme « un très grand manager ».
Philippe Saint-André nuance :
« En interne, c’est différent. Certains entraîneurs utilisent ce genre de sorties pour motiver leur groupe. Mais je préfère que les joueurs se concentrent sur leurs forces, collectives et individuelles. »
Trouver le bon équilibre
Face à la puissance et à la férocité du champion du monde, les Bleus devront répondre physiquement tout en évitant l’excès. Laurent Sempéré, entraîneur adjoint chargé de la conquête, prévient :
« Il faut mettre l’énergie nécessaire dans l’engagement, mais aussi garder la maîtrise pour rester à quinze tout le match. »
Un équilibre délicat à atteindre dans une rencontre déjà lancée bien avant le coup d’envoi, grâce — ou à cause — des Springboks et de leur sens inné de la provocation.




