Triathlon : Léon Marchand, Tadej Pogacar ou Eliud Kipchoge — qui serait le plus fort sur un Ironman ?

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Entre le nageur Léon Marchand, le cycliste Tadej Pogacar et le marathonien Eliud Kipchoge — chacun maître incontesté de sa discipline dans le triathlon — qui s’imposerait sur l’Ironman, la version longue et la plus exigeante de cette compétition ? Ce débat, né sur les réseaux sociaux, a rapidement captivé les internautes. Tentative de réponse avec l’aide de spécialistes.

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Cette idée, qui consiste à comparer ces trois athlètes d’exception — Pogacar, sacré vainqueur du Tour 2025, Marchand, auteur d’une performance impressionnante à Singapour récemment, et Kipchoge, détenteur du deuxième meilleur chrono de l’histoire sur marathon — provient d’un post très relayé sur X (anciennement Twitter). Lancé par le média Kultur (860 000 abonnés), ce questionnement « Qui serait le meilleur sur un Ironman entre ces trois stars ? » nous a donné envie de creuser la question, même si elle reste sans réponse définitive. Nous avons sollicité des experts, un peu agacés par les avis souvent tranchés mais peu argumentés des internautes.

Parmi les trois spécialistes contactés — tous triathlètes, dont un entraîneur — deux avaient déjà entendu parler du débat. Anthony Roux, champion de France de cyclisme 2018, est resté en retrait avant de livrer son analyse : « Un athlète que je verrais bien s’en sortir, c’est Armand Duplantis. C’est un gars très souple, donc dans l’eau il doit bien se débrouiller, sur le vélo il peut envoyer fort, et il sait aussi courir. » Aujourd’hui triathlète, il prépare l’Embrunman, l’Ironman mythique des Hautes-Alpes.

Ce débat, loin d’être un hasard, s’inscrit dans l’histoire même du triathlon. Quentin Misser, entraîneur et fondateur de Ch’tri Coaching, rappelle que tout a commencé en 1977 quand John Collins, un commandant de l’US Navy, voulait définir le plus grand athlète du monde. Inspiré par un article de Sport Illustrated qui désignait Eddy Merckx comme le meilleur, il inventa un triathlon extrême : 3,8 km de natation, 180 km de vélo et un marathon à Honolulu. Ainsi naquit l’Ironman, un an plus tard.

Un avantage mathématique pour Pogacar ?

Pour revenir à nos trois champions, tous nos interlocuteurs misent sur Tadej Pogacar. « Sur un Ironman, la moitié voire les deux tiers du temps se passent sur le vélo, là où il peut creuser un gros écart… C’est mathématique », explique Steve Chainel, ancien pro devenu consultant sur Eurosport. Quentin Misser confirme : « Pogacar et Kipchoge auraient peut-être 30 à 40 minutes de retard à la sortie de l’eau, mais sur 180 km à 45 km/h, le Slovène creuserait un écart énorme. »

Anthony Roux se montre plus nuancé, mais donne un léger avantage à Pogacar sur Kipchoge. « Sans entraînement spécifique, Marchand ne terminerait pas l’épreuve, son poids serait un handicap à vélo et en course, analyse-t-il. Kipchoge est léger, il a de la fibre lente et pourrait courir un marathon en 2h30. Mais Pogacar pourrait faire un marathon en 3h30. »

Quentin Misser souligne que plus le parcours vélo est difficile, plus Pogacar pourra creuser l’écart. Roux confirme, évoquant ses propres expériences lors de l’Ironman de Nice, où la partie vélo très exigeante permettait de rattraper beaucoup de temps. En revanche, pour Marchand, le parcours devrait être le plus plat possible.

Les transitions, un vrai défi

Les transitions entre les disciplines posent aussi question. « Passer du vélo à la course est très difficile, il faut que la musculature s’adapte, souligne Chainel. Même après la natation, il faut quelques kilomètres pour être à l’aise sur le vélo. » Roux se souvient que le cycliste Lilian Calmejane, au triathlon de l’Alpe d’Huez, avait du mal à exprimer tout son potentiel à pied et à vélo. Il explique qu’en préparation hivernale, il courait et nageait un peu, mais que pour réussir, il faut un entraînement spécifique.

Il cite aussi des cyclistes comme Wout Van Aert, Tom Pidcock ou Mathieu Van der Poel qui, par leur polyvalence, pourraient bien réussir en triathlon, notamment grâce à leurs qualités de nageurs.

Probabilité de finir l’épreuve

Selon Roux, Pogacar pourrait finir un Ironman même sans préparation spécifique, « mais on ne sait pas dans quel état ». Misser estime que Pogacar a 75 % de chances d’achever la course, contre 40 % pour Kipchoge et seulement 20 % pour Marchand. La conclusion ? Être un grand athlète ne suffit pas pour devenir triathlète, surtout sur la distance Ironman, qui demande une énorme préparation.

Marchand marque des points côté entraînement. « C’est lui qui a le plus de séances et qui répète les mouvements sportifs, notamment en natation, il doit faire ses 3,8 km presque quotidiennement, explique le coach Misser. Pour Kipchoge, habitué à des sports à impact, ce volume serait inédit. » Roux ajoute que Marchand pourrait s’améliorer en course à pied, allonger sa foulée, perdre du poids et donc progresser.

Enfin, Roux conclut : « La difficulté d’un sport dépend de l’investissement qu’on y met. Pour sortir le meilleur de soi-même, c’est forcément exigeant. »

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